Si j’avais à emporter un livre sur une île déserte, un livre et un seul… et bien, j’avoue que j’aurais vraiment beaucoup de mal à choisir. Il fut un temps où j’aurais dit, sans aucune hésitation, Belle du Seigneur d’Albert Cohen parce que ce sublime roman de l’amour chimiquement pur, où se mêlent ironie tendre de l’auteur face à la bourgeoisie française des années 30, et lucidité désabusée devant la montée de l’antisémitisme ; ce magnifique pavé que j’ai lu trois fois, toujours à bout de souffle et les larmes aux yeux, ce chef-d’oeuvre d’humour, d’intelligence et d’humanité m’a permis de comprendre… Madame Bovary !

La petite provinciale que je croyais sotte et mégalomane m’est soudain apparue à la lumière de toute ma vérité. De sorte que j’aurais pu à cette époque, à l’instar de Flaubert, clamer sans réserve à qui voulait l’entendre : « Madame Bovary, c’est moi ! ». J’étais alors si éteinte, prise en proie à un quotidien amoureux tellement banal et sans histoire, que telle Emma, je me suis mise à trouver l’univers romanesque où trônait le magnifique Solal beaucoup plus séduisant que ma réalité. Je me suis mise à désirer, avec passion et impatience, vivre le grand amour, la grande vie, la merveilleuse aventure… En vain bien sûr. Alors peu à peu, mon engouement naïf m’a passée.

Bien entendu, d’autres dans l’histoire littéraire ont vécu cette même fascination romanesque, ce même voyage au coeur du plaisir de lire, ce même bovarysme (mais le terme est pour eux anachronique) ! Je pense bien sûr au plus tendre des rêveurs, au juste parmi les justes désireux à travers le monde de vérité et d’équité, de grandeur et de poésie ; l’homme à la triste figure, noble chevalier errant et serviteur de la gente dame Dulciné ; l’illustre Don quichotte de la Mancha.
Comment diable attribuer encore les caractéristiques de la modernité littéraire aux seuls auteurs du XXe siècle quand on a lu Cervantes ?
Contemporain de Sheakespare – ils sont morts la même année – Cervantes n’a rien à envier à celui qui, nous ayant transmis Othello ou Hamlet est considéré comme l’un des plus grands esprits de tous les temps…
… Voilà, pour ce soir je vous laisse, en bonne compagnie. Je poursuivrai ma valise à livres (ben oui, pour l’île déserte) demain.

A suivre