Riches sont les enjeux que recèle ce petit roman de Doris Lessing – prix Nobel de Littérature en 2007.

Ben est un être à part, dont on ne peut ni dire qu’il est humain, ni affirmer qu’il est animal. Ben dit avoir dix huit ans ; en réalité, sa forte musculature, ses jambes énormes comme des troncs d’arbre, sa force sauvage, sa pilosité très développée donnent plutôt à croire qu’il en a quarante. Et encore ! Son étrangeté, sa différence laisseraient davantage penser, au premier abord, qu’il est un homme-singe, une sorte de yéti, le reliquat d’une espèce primitive passée et révolue.

Pourtant, Ben Lovatt est aussi humain. Terriblement humain !
Même s’il ne pense pas comme tout le monde, s’il n’a pas les mêmes capacités intellectuelles que la plupart des gens, s’il est aussi naïf qu’un enfant, Ben est sensible et avide de tendresse. Conscient de sa force et de l’effet qu’elle produit, il la retient, la contient dans sa quête d’affection et de reconnaissance.

Ben en effet, puisqu’il est vulnérable, cherche inexorablement le lieu de son accueil, un peu de chaleur, de protection qu’il trouve ici ou là, lorsqu’il n’est pas tout bonnement rejeté, raillé ou trompé.

Ceux qu’ils croisent en disent finalement plus sur eux-mêmes que sur Ben, l’être demeurant pour tous insaisissable comme une énigme. Et s’ils en disent plus sur eux-mêmes, c’est parce qu’ils révèlent au contact de Ben une parcelle de leur propre humanité.

Et qu’est-ce que l’humanité après tout ? Est-ce cette bonté, cette gentillesse que Ben trouvera au côté de Mrs Biggs ou de Rita ? Ou bien cet égoïsme avide, cette cruauté cynique que l’on trouve au porte de la civilisation où, en vertu la science et du progrès, l’on méprise la grandeur de la Vie ?

Récit de la différence, de la tolérance, Le Monde de Ben met en exil quelques certitudes réconfortantes si chères à notre société civilisée.

Finalement, Le monde de Ben n’est autre que la représentation de notre monde, dans lequel l’expression de l’amour – comme langage universel – est peut-être le seul moyen de restituer à l’autre, le différent, toute sa place et son importance.