octobre 2009

Archive mensuelle

Un chiffre époustouflant…

Créé par le 31 oct 2009 | Dans : Actualités, une vie de prof

Voilà un chiffre époustouflant que je voudrais proposer à votre réflexion, ce matin, et qui moi, me laisse songeuse et inquiète. Cela me permettra aussi de revenir sur mon métier de prof, chose que je n’ai quasiment pas faite depuis le retour des vacances d’été… attestant, par ce silence, le fameux proverbe populaire disant que lorsqu’il n’y a pas de nouvelles, c’est que les nouvelles sont bonnes.
Enfin, elles ne le sont pas tant que ça ! J’en viens à mon chiffre…
10 % des jeunes qui sortent du système scolaire français, qu’ils soient ou non diplômés, sont illettrés. Je n’ai pas vérifié mes sources, le chiffre me vient du JT de TF1 et mérite sans doute un (petit ) réajustement, mais tout de même il est effarant et devrait alarmer son monde !!

Pris tel qu’il est donné, il signifie, et je le pose ainsi pour qu’il apparaisse dans toute son énormité, que sur soixante millions d’individus, six millions – ayant atteint l’âge de 16 ou 17 ans – sont demeurés au stade du déchiffrement d’un texte ; ne parviennent pas après lecture, à en restituer le sens et truffent leurs propres productions écrites de fautes d’orthographe, lexicales et/ou grammaticales….

A l’heure où quelques illustres penseurs iufmiens nous expliquent, comme le confirme Mademoisill sur son blog, que la dictée est une activité traumatisante pour les mômes (il est vrai qu’elle est l’unique épreuve à barème dégressif, mais elle permet aussi, comme le note (future) ex-prof, d’acquérir des automatismes d’écriture !!), il serait bon, je crois, de s’interroger sur ce que nous devons absolument transmettre à tous les enfants, à tous les adolescents qui nous sont confiés (et qui constitueront, cela n’est pas anecdotique, les consommateurs et électeurs de demain).

Qu’est-il raisonnablement possible de faire, ou de prétendre faire dans la société lorsqu’on n’a pas acquis les règles fondamentales de la langue qui y est parlée ? Que comprenons-nous alors des slogans publicitaires, des messages politiques, de l’autre ?

Les mots, la langue sont l’outil fondamental de l’adaptation au monde. Comment une société qui se dit civilisée peut-elle donc assumer un tel échec ?

Paradoxalement à ce chiffre, et cela non plus n’est pas anecdotique, les heures d’enseignement du français sont d’année en année, rognées. Lorsque j’ai commencé, il y a une dizaine d’années, je donnais 6h30 de cours en classe de 6e. Aujourd’hui, je n’ai plus que 5h.
L’enseignement du français en classe de 5e est de 4h… autant que l’EPS (or, je rappelle qu’un grand pourcentage d’élèves pratiquent déjà un sport, en périscolaire).

L’annonce du pourcentage de l’illettrisme en France devrait fédérer autour d’un objectif de société commun, et certainement pas derrière cette idée facile et préconçue selon laquelle dans toute société, il est naturel que certains soient laissés sur le carreau. C’est de la sélection naturelle, ça ! Ce n’est pas de la civilisation !!!

Tous ceux que le système laisse sur le carreau, seront tôt ou tard – s’ils ne le sont pas déjà – conduits à interroger le système ! Quels outils d’interrogation utiliseront-ils ? Je doute qu’il s’agisse des mots !

Au théâtre ce soir : « La Master Class » de Marie Laforêt

Créé par le 30 oct 2009 | Dans : Le coin critiques

Au début, on joue le jeu de l’illusion. On sait bien qu’il y a quelque chose de purement théâtral dans les interventions du technicien nonchalant, blasé, mis en rogne par on ne sait quoi.
Le pianiste arrive à son tour, hésitant, peu sûr de lui, s’installant timidement à  son piano, et nous, là dans la salle, demeurons en attente, n’osant pas penser tout de même que le démarrage est un peu raté. C’est du théâtre, on est au théâtre, une pièce qui nous vient de Paris ! Impossible donc d’accréditer la thèse du ratage. Mais, presque amusés, on s’octroie le privilège du spectateur de douter tout de même un peu !

Et puis, la Dame entre sur scène, s’adressant au public avec une sorte de mépris trahissant la supériorité feinte et dérisoire. Egocentrique, mégalomane, sûre de son bon droit, acariâtre et dure, la voilà  qui nous apostrophe en ne parlant que d’elle, en n’écoutant que ce qu’elle dit, ignorant jusqu’au nom, dont elle se fout éperdument, du pauvre pianiste qu’elle ne reconnaît pas.
Qui donc est-elle ? Pour qui se prend-elle ? Qui pourra croire qu’elle aura la hauteur de ses ambitions ? Les vrais « grands » sont humbles, celle-là est comique, presque grotesque de prétention.

Or, le cadre, à notre insu, vient d’être posé. Nous ne sommes plus des spectateurs de théâtre mais les élèves de la Julliard School, cette école où l’on apprend le chant lyrique sous la conduite d’une enseignante antipathique, autoritaire et condescendante : Maria Callas.

Une première élève, sortie du parterre, entre sur scène. L’autre, dont nous ignorons encore la puissance, va se déchaîner sur cette pauvre enfant dont, sans même l’avoir entendu chanter, elle dénigrera la voix.
L’attente du chant salvateur est longue, très longue. Nous trépignons d’impatience, désireux de mettre un terme aux jugements arbitraires de la pécore qui explique avec dureté, sans rien n’avoir encore prouvé d’elle-même, dans une profusion de mots aussi terribles qu’apparemment inutiles, d’où la voix doit venir : des tripes.

Alchimie de l’illusion théâtrale. La dureté, l’arrogance de la Dame commencent alors à prendre sens. La gestuelle, l’expression du corps se mettent à traduire l’intériorité. Le grotesque devient grave et sérieux, expressif. L’exigence est avant tout exigence sur soi-même et elle ne s’invente pas. Elle s’inscrit dans un parcours, dans des choix de vie, dans une lutte incessante pour sortir du lot, dans l’épreuve surmontée qui rend forte, qui rend meilleure.
Sous nos yeux ébahis, la dame « oh grande Dame » va exorciser tout ce qu’elle porte en elle, toute son histoire, toutes ses douleurs, toute sa compréhension, toute sa passion des mots chantés, toutes les ambitions qui l’auront conduite à  devenir ce qu’elle a été, ce qu’elle est : la Divine.

Nous ne sommes plus au théâtre, nous sommes au coeur d’un chemin de vie. L’antipathie, l’arrogance, la prétention sont le masque d’une profonde et douloureuse intégrité. Nous ne regardons pas un spectacle mais assistons, élèves dociles et passionnés que nous sommes, à la démonstration de la grandeur.

Et la Grande, ce soir ; celle qui donne, qui transmet tant, ce soir ; celle qui traduit par la splendeur de son jeu toute la dureté d’un parcours glorieux, toute la force qu’il a fallu pour devenir quelqu’un, tout l’amour donné à l’homme inculte et insensible le plus riche du monde, qui s’est payé l’authentique et sublime amour d’une Diva comme on se paye une pute, tout le sacrifice de la femme avortée, toute la souffrance, toute la grandeur, toute l’exception d’une vie, c’est celle-là  que nous admirons ce soir, celle qui parvient à transmettre ça !

Celle qui finalement a entretenu l’illusion théâtrale jusqu’au bout au point de nous faire oublier, instant rare et précieux, que nous étions bel et bien au théâtre.

Un immense bravo Marie Laforêt, Divine Comédienne.

A la manière de Brassens…

Créé par le 11 oct 2009 | Dans : Actualités, Exercices de style

La Marine

On les r’trouve en raccourci
Dans nos p’tites colères d’un jour
toutes les haines, tous les mépris
Des colères qui durent toujours

C’est là l’sort de la Marine
Et de toutes ses p’tites lubies
On accuse, vite un mec
Pour ses baisers, l’corps avec

Et la honte et l’infamie :
Calomnie, pour un retour
Il y a tout, en raccourci
Des grandes colères, au parti.

On a ri, on l’a baisé,
Sur ses choix, sur son passé
A son texte on a fait dire
C’qu’on voulait : on n’sait pas lire !

Tout c’qu’on croit en un seul jour
Et comme on n’ sait pas vraiment,
On y croira pour toujours :
Les rumeurs, ça sent longtemps !

Y a au parti une odeur
De rancœur et de goudron
Ça vous met la gerbe au cœur
La peine aussi, ça c’est con

On est là pour dénoncer
Pour mépriser, car d’nos jours
C’est ça qui vous fait gagner
Ca marche bien de calomnier

C’est là l’sort de la Marine
Et de toutes ses p’tites lubies
On accuse, vite un mec
Pour ses baisers, l’corps avec

On aurait beau retrouver
Le chemin du vrai, du faux
Tout le mal a été fait
homo, pédo : même bateau !

Toutes les haines, tous les mépris
Des colères qui durent toujours
On les r’trouve en raccourci
Dans les calomnies d’un jour…

Polanski en prison…

Créé par le 02 oct 2009 | Dans : Actualités

Dans notre société, on adule ou on déteste : il n’y a pas de juste milieu. Ainsi, quand l’un de ceux qui a été adulé passe de l’autre côté, notre société le charge de ses propres maux : les frustrations des précaires face aux riches, le sentiment d’injustice des plus pauvres quand on leur met sous le nez les conditions de vie des plus aisés.

Il n’y a pas de juste milieu. L’homme de la rue se nourrit de la vie des stars, en alimente ses fantasmes les plus inavouables et se délecte de la vie des « people » en remplissant sa vie vide et dérisoire d’anonyme, des illusions que suscite chez lui la simple évocation de la célébrité… mais qu’on ne s’y trompe pas, il n’y a aucun amour là dedans ! Projetant dans la star les rêves les plus fous, inaccessibles de sa misérable existence, il n’hésite pas à condamner, à juger, à se venger de son sentiment de nullité sur la star mise à l’index.

il n’y a pas, il ne peut y avoir de juste milieu dans une société qui a fait de l’excès et de la confusion sa ligne de conduite.

Roman Polanski en prison ??? C’est bien fait pour lui !!! Il n’avait qu’à pas abuser de la naïveté d’une enfant de treize ans !
Cela fait trente deux ans ? Polanski venait de voir sa femme assassinée, était-il un peu perdu ? Il nous a ensuite apporté toute l’intelligence de ses films excellents ? Qu’importe ? Il est passé de l’autre côté ! Là où les aisés du monde n’inspire plus le rêve et la merveille des paillettes mais deviennent le réceptacle des frustrations des hommes ordinaires et de leur vengeresse vacuité.

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