Voilà un chiffre époustouflant que je voudrais proposer à votre réflexion, ce matin, et qui moi, me laisse songeuse et inquiète. Cela me permettra aussi de revenir sur mon métier de prof, chose que je n’ai quasiment pas faite depuis le retour des vacances d’été… attestant, par ce silence, le fameux proverbe populaire disant que lorsqu’il n’y a pas de nouvelles, c’est que les nouvelles sont bonnes.
Enfin, elles ne le sont pas tant que ça ! J’en viens à mon chiffre…
10 % des jeunes qui sortent du système scolaire français, qu’ils soient ou non diplômés, sont illettrés. Je n’ai pas vérifié mes sources, le chiffre me vient du JT de TF1 et mérite sans doute un (petit ) réajustement, mais tout de même il est effarant et devrait alarmer son monde !!

Pris tel qu’il est donné, il signifie, et je le pose ainsi pour qu’il apparaisse dans toute son énormité, que sur soixante millions d’individus, six millions – ayant atteint l’âge de 16 ou 17 ans – sont demeurés au stade du déchiffrement d’un texte ; ne parviennent pas après lecture, à en restituer le sens et truffent leurs propres productions écrites de fautes d’orthographe, lexicales et/ou grammaticales….

A l’heure où quelques illustres penseurs iufmiens nous expliquent, comme le confirme Mademoisill sur son blog, que la dictée est une activité traumatisante pour les mômes (il est vrai qu’elle est l’unique épreuve à barème dégressif, mais elle permet aussi, comme le note (future) ex-prof, d’acquérir des automatismes d’écriture !!), il serait bon, je crois, de s’interroger sur ce que nous devons absolument transmettre à tous les enfants, à tous les adolescents qui nous sont confiés (et qui constitueront, cela n’est pas anecdotique, les consommateurs et électeurs de demain).

Qu’est-il raisonnablement possible de faire, ou de prétendre faire dans la société lorsqu’on n’a pas acquis les règles fondamentales de la langue qui y est parlée ? Que comprenons-nous alors des slogans publicitaires, des messages politiques, de l’autre ?

Les mots, la langue sont l’outil fondamental de l’adaptation au monde. Comment une société qui se dit civilisée peut-elle donc assumer un tel échec ?

Paradoxalement à ce chiffre, et cela non plus n’est pas anecdotique, les heures d’enseignement du français sont d’année en année, rognées. Lorsque j’ai commencé, il y a une dizaine d’années, je donnais 6h30 de cours en classe de 6e. Aujourd’hui, je n’ai plus que 5h.
L’enseignement du français en classe de 5e est de 4h… autant que l’EPS (or, je rappelle qu’un grand pourcentage d’élèves pratiquent déjà un sport, en périscolaire).

L’annonce du pourcentage de l’illettrisme en France devrait fédérer autour d’un objectif de société commun, et certainement pas derrière cette idée facile et préconçue selon laquelle dans toute société, il est naturel que certains soient laissés sur le carreau. C’est de la sélection naturelle, ça ! Ce n’est pas de la civilisation !!!

Tous ceux que le système laisse sur le carreau, seront tôt ou tard – s’ils ne le sont pas déjà – conduits à interroger le système ! Quels outils d’interrogation utiliseront-ils ? Je doute qu’il s’agisse des mots !