La terrible catastrophe écologique nippone et ses répercutions à Fukushima a relancé le débat sur le nucléaire en France. Nous sommes parmi les pays (avec le Japon justement, et les USA) à avoir adopté une politique énergétique essentiellement basée sur le nucléaire. Cela, en faisant fi, il y a une cinquantaine d’années, portés que nous étions par l’espoir de vivre mieux et l’optimisme qui en résultait, des conséquences possibles du nucléaire civil sur la santé humaine et l’environnement.

Or, Fukushima nous renvoie aujourd’hui à une sombre mais évidente réalité : nous vivons sur Terre et sur Terre, le risque zéro n’existe pas. Il y est, dans l’ordre naturel des choses, d’être exposés aux risques et d’avoir à s’en protéger.
Alors je m’interroge. A l’heure où il est de bon ton de taper sur les écolo qui ont contribué à réanimer un débat grave et sérieux, ne faudrait-il pas tenter d’arrêter de faire l’autruche en remettant encore à plus tard – quand il sera peut-être trop tard – la prise de conscience collective et, par voie de conséquence, les choix de société ?

Il ne s’agit pas de promouvoir le catastrophisme ou de nous résigner à croire que nous sommes, comme nous pouvons le lire ici ou là, au seuil de la fin du monde, mais d’adopter un comportement responsable, adapté à la situation et de poser les choses dans toute leur objectivité : nous n’avons pas la maîtrise du nucléaire. En cas de catastrophe écologique, d’accident, voire d’attentat terroriste :( , nous devons nous rendre à l’évidence : si l’un de nos cinquante huit réacteurs nucléaires était profondément affecté, nous n’en aurions aucun réel contrôle.

Cela, vous en conviendrez, n’est pas anecdotique, et sort incontestablement du cadre de l’exercice de la politique politicienne et des lois du marché. Les dangers de raison anthropique qu’une société choisit ou non de courir ne sont pas la seule affaire des écolos. Ils ne sont pas non plus la seule affaire des capitaux et de l’économie. Il en va du bien être et du confort de tous, certes, mais il en va aussi de la santé, de l’environnement, de nos interactions sur celui-ci, de ce que l’on veut pour nos enfants, de nos droits, de notre Vie.

Prendre conscience de ce qui se joue fondamentalement en matière de politique énergétique, n’est-ce pas un premier pas pour faire des choix de société adultes et responsables ?

Sachant par exemple que je contribue à la consommation des 47% de l’énergie produite en France, je pourrais déjà commencer par me sentir personnellement concernée et me dire que :
- Je n’ai pas besoin, pour dormir, de laisser mes appareils électriques en veille.
- je n’ai pas non plus besoin que les enseignes des grands magasins restent allumées la nuit.
- Je ne suis pas obligée de laisser couler « pour rien » l’eau chaude quand je me lave les dents ou quand je fais la vaisselle
- Je peux éteindre la lumière dans les pièces où je ne suis pas.
- Quand il commence à faire moins froid, je peux couper les radiateurs et enfiler un pull. D’ailleurs, à ce propos, je peux aussi penser à mieux isoler mon lieu d’habitation. etc. etc.

Ce faisant, je pourrais sentir que si je n’ai pas la maîtrise de l’énergie que je consomme, j’ai au moins la maîtrise de ma façon de consommer. Et – miracle de l’esprit humain – ayant cette maîtrise, j’aurais alors peut-être tendance à vouloir que mes autorités, elles aussi, aient l’entière maîtrise de l’énergie qu’elles me fournissent. Mon bon sens me rappellerait en effet ce que le gentil Jean Pierre Pernaut (ou d’autres) m’a peut-être fait oublier : quand on perd le contrôle, généralement on finit dans le mur !

Par voie de conséquence, il est possible que j’assiste à un deuxième petit miracle. Pourvue de mon nouveau sentiment de maîtrise je me sentirais en effet, acteur responsable en herbe, ce qui me permettrait d’éviter d’avoir à toujours chercher d’autres responsables. J’éteindrais alors peut-être ma télé, m’informerais avec sérieux sur tout, bien décidée que je serais alors à prendre ma vie en main, non pour accéder à plus de plaisirs futiles et éphémères mais à plus de conscience !! Chose bénie et extraordinaire pour laquelle, je m’en rendrais alors compte, la vaillante Nature a fait l’étrange choix de créer mon espèce… !

J’aurais alors sans doute comme une irrésistible envie de voir instauré un grand moratoire mondial sur la connerie, et je … !
Bon OK, là je m’emballe… :)