Le coin critiques

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« Car c’est moi que je peins »…

Créé par le 16 juin 2010 | Dans : Le coin critiques

Il semble qu’il n’y ait chez Montaigne aucune morale qui puisse prévaloir sur toutes les autres, si ce n’est le fameux « que sais-je ? » des sceptiques.

Partant d’une sorte de je ne sais rien sur moi-même et je pars en quête de ce que je suis, l’écriture des Essais conduit cet esprit réflexif, introspectif et lucide, à observer ses contradictions, ses inconstances, ses penchants naturels s’opposant bien souvent à la coutume, à l’institution, aux mœurs de son temps.

Ne voyons pas chez Montaigne un redresseur de torts, juste un esprit intelligent cherchant la vérité, sa vérité naturelle. Un esprit en perpétuel mouvement.

Grande modernité d’une quête de l’authentique, antérieure à une époque où la littérature classique présentera des jaloux absolument jaloux ou des avares complètement avares : sortes de personnages types, sans réelle nuance ni profondeur. Grande modernité, grande lucidité d’un esprit qui découvre qu’il n’est ni uniforme, ni constant et encore moins réductible.

Mise en question de soi, l’écriture des Essais est un écriture du soupçon guidée par un seul dessein, socratique : se connaître soi-même.

L’observation des hommes, la multitude d’exemples que déploie Montaigne, au fil de ses pages, le conduit bien souvent à percevoir dans le monde comme des miroirs de lui-même. Et ce faisant, parlant de lui, il parle ainsi du monde ; parlant du monde, il parle aussi de lui, comme si la vérité de soi conduisait finalement à la révélation d’une Vérité universelle ; d’une Vérité qui nous conduirait à la grâce inébranlable d’une intime conviction : « Tout homme porte la forme entière de l’humaine condition ».

Visions du monde

Créé par le 02 juin 2010 | Dans : Le coin critiques

Un tout nouveau forum, plein d’avenir… à venir découvrir :)

http://visionsdumonde.forumactif.net

Les hommes et leur(s) maman(s)… Doris Lessing, encore !

Créé par le 31 jan 2010 | Dans : Le coin critiques

Doris Lessing me berce, me transporte… Rares sont les auteurs dans l’écriture desquels j’entre avec une telle aisance. Généralement, il y a toujours des zones de résistance, des trucs auxquels j’adhère moins ! Avec Doris Lessing, non ! Je pénètre et me laisser porter… sachant que je trouverai, ici ou là, l’expression d’un sentiment, d’une idée que je n’avais pas formulés.

Mon dernier livre lu : les grands-mères.

Il y a dans le titre l’ironie de l’auteure qui a passé l’âge de séduire. Ainsi le récit est à lire à rebours de ce titre, comme si le temps s’était figé dans un avant toujours renouvelé, pour ces deux femmes mûres, narcissiques et fatales, amies d’enfance, chacune la maîtresse du fils de l’autre.

Les mères, jeunes et charmantes, épouses des fils incapables d’émancipation, sont quant à elles, en creux, des femmes-prétextes ou fonctionnelles.

L’histoire sulfureuse commence sur cet immoral non dit et s’achève dans un grand éclat de rire … marquant la certitude de ces deux vieilles redoutables de n’avoir jamais cessé d’être les favorites et de transcender le temps.

Dans ce récit court et léger, Doris Lessing semble s’amuser beaucoup et nous rappelle qu’en (tout) homme demeure un petit garçon en quête de maman(s). Mais rassurons-nous, le féminisme de Lessing n’est pas un réquisitoire contre les hommes ; il est juste un peu acidulé !!

Mémoires d’une survivante, Doris Lessing

Créé par le 17 jan 2010 | Dans : Le coin critiques

Dans les Mémoires d’une survivante, la narratrice – dont nous comprenons qu’elle était jadis une femme bourgeoise et cultivée, qui jouissait de quelques privilèges sociaux – assiste depuis sa fenêtre à la décomposition du monde. Nous sommes, avec elle, transportés dans les temps d’après la civilisation, dans l’anarchie qui succède à l’ordre et à l’obéissance aux règles d’un jeu de masques, dont l’individu n’était que l’un des infimes rouages, et observons la dislocation totale de la société.
Quand le monde s’écroule, quand les repères éclatent, quand plus rien de ce que nous avons connu n’existe, que reste-t-il ? A quoi pouvons-nous nous raccrocher ?

La narratrice trouve sa réponse en traversant le mur, fragile, de la réalité ; en découvrant derrière ce mur tout un monde changeant, mouvant qu’elle va explorer.
Ce monde qui ne peut être qu’intérieur et presque inconscient, que Doris Lessing transforme en espace infini à découvrir, voilà le tour de force de ce roman ! Faire de ce monde intime, un paysage aux multiples facettes – quand la réalité disloquée rend toute marche cohérente impossible – voilà la grande originalité de ce récit apocalyptique !

Roman noir, visionnaire qui flirte avec le fantastique tout autant que la science fiction, Les Mémoires d’une survivante disent la fin de l’ordre du monde et invitent à considérer l’existence d’une terre d’accueil en soi ; un paysage intérieur devenant alors l’unique refuge quand tout autour se morcelle et s’effondre… jusqu’à l’idée-même que nous nous faisons de l’humain !

Etonnante Doris Lessing qui parvient, par de petites touches personnelles et intimes, à transmettre des émotions, des impressions universelles. Le personnage « lessingien » unique, et je dirais presque banal, devient alors un miroir tendu à notre humanité et soumet à notre réflexion des thèmes aussi riches et complexes que la féminité, l’éducation, la responsabilité, la socialisation, la politique ; miroir dans lequel nous sommes tout autant exhortés à contempler l’échec ici consumé de la civilisation occidentale que ce qu’il y a en nous de plus ineffable et pourtant, sans doute, de plus communément partagé.

Au théâtre ce soir : « La Master Class » de Marie Laforêt

Créé par le 30 oct 2009 | Dans : Le coin critiques

Au début, on joue le jeu de l’illusion. On sait bien qu’il y a quelque chose de purement théâtral dans les interventions du technicien nonchalant, blasé, mis en rogne par on ne sait quoi.
Le pianiste arrive à son tour, hésitant, peu sûr de lui, s’installant timidement à  son piano, et nous, là dans la salle, demeurons en attente, n’osant pas penser tout de même que le démarrage est un peu raté. C’est du théâtre, on est au théâtre, une pièce qui nous vient de Paris ! Impossible donc d’accréditer la thèse du ratage. Mais, presque amusés, on s’octroie le privilège du spectateur de douter tout de même un peu !

Et puis, la Dame entre sur scène, s’adressant au public avec une sorte de mépris trahissant la supériorité feinte et dérisoire. Egocentrique, mégalomane, sûre de son bon droit, acariâtre et dure, la voilà  qui nous apostrophe en ne parlant que d’elle, en n’écoutant que ce qu’elle dit, ignorant jusqu’au nom, dont elle se fout éperdument, du pauvre pianiste qu’elle ne reconnaît pas.
Qui donc est-elle ? Pour qui se prend-elle ? Qui pourra croire qu’elle aura la hauteur de ses ambitions ? Les vrais « grands » sont humbles, celle-là est comique, presque grotesque de prétention.

Or, le cadre, à notre insu, vient d’être posé. Nous ne sommes plus des spectateurs de théâtre mais les élèves de la Julliard School, cette école où l’on apprend le chant lyrique sous la conduite d’une enseignante antipathique, autoritaire et condescendante : Maria Callas.

Une première élève, sortie du parterre, entre sur scène. L’autre, dont nous ignorons encore la puissance, va se déchaîner sur cette pauvre enfant dont, sans même l’avoir entendu chanter, elle dénigrera la voix.
L’attente du chant salvateur est longue, très longue. Nous trépignons d’impatience, désireux de mettre un terme aux jugements arbitraires de la pécore qui explique avec dureté, sans rien n’avoir encore prouvé d’elle-même, dans une profusion de mots aussi terribles qu’apparemment inutiles, d’où la voix doit venir : des tripes.

Alchimie de l’illusion théâtrale. La dureté, l’arrogance de la Dame commencent alors à prendre sens. La gestuelle, l’expression du corps se mettent à traduire l’intériorité. Le grotesque devient grave et sérieux, expressif. L’exigence est avant tout exigence sur soi-même et elle ne s’invente pas. Elle s’inscrit dans un parcours, dans des choix de vie, dans une lutte incessante pour sortir du lot, dans l’épreuve surmontée qui rend forte, qui rend meilleure.
Sous nos yeux ébahis, la dame « oh grande Dame » va exorciser tout ce qu’elle porte en elle, toute son histoire, toutes ses douleurs, toute sa compréhension, toute sa passion des mots chantés, toutes les ambitions qui l’auront conduite à  devenir ce qu’elle a été, ce qu’elle est : la Divine.

Nous ne sommes plus au théâtre, nous sommes au coeur d’un chemin de vie. L’antipathie, l’arrogance, la prétention sont le masque d’une profonde et douloureuse intégrité. Nous ne regardons pas un spectacle mais assistons, élèves dociles et passionnés que nous sommes, à la démonstration de la grandeur.

Et la Grande, ce soir ; celle qui donne, qui transmet tant, ce soir ; celle qui traduit par la splendeur de son jeu toute la dureté d’un parcours glorieux, toute la force qu’il a fallu pour devenir quelqu’un, tout l’amour donné à l’homme inculte et insensible le plus riche du monde, qui s’est payé l’authentique et sublime amour d’une Diva comme on se paye une pute, tout le sacrifice de la femme avortée, toute la souffrance, toute la grandeur, toute l’exception d’une vie, c’est celle-là  que nous admirons ce soir, celle qui parvient à transmettre ça !

Celle qui finalement a entretenu l’illusion théâtrale jusqu’au bout au point de nous faire oublier, instant rare et précieux, que nous étions bel et bien au théâtre.

Un immense bravo Marie Laforêt, Divine Comédienne.

Le monde de Ben

Créé par le 28 août 2009 | Dans : Le coin critiques

Riches sont les enjeux que recèle ce petit roman de Doris Lessing – prix Nobel de Littérature en 2007.

Ben est un être à part, dont on ne peut ni dire qu’il est humain, ni affirmer qu’il est animal. Ben dit avoir dix huit ans ; en réalité, sa forte musculature, ses jambes énormes comme des troncs d’arbre, sa force sauvage, sa pilosité très développée donnent plutôt à croire qu’il en a quarante. Et encore ! Son étrangeté, sa différence laisseraient davantage penser, au premier abord, qu’il est un homme-singe, une sorte de yéti, le reliquat d’une espèce primitive passée et révolue.

Pourtant, Ben Lovatt est aussi humain. Terriblement humain !
Même s’il ne pense pas comme tout le monde, s’il n’a pas les mêmes capacités intellectuelles que la plupart des gens, s’il est aussi naïf qu’un enfant, Ben est sensible et avide de tendresse. Conscient de sa force et de l’effet qu’elle produit, il la retient, la contient dans sa quête d’affection et de reconnaissance.

Ben en effet, puisqu’il est vulnérable, cherche inexorablement le lieu de son accueil, un peu de chaleur, de protection qu’il trouve ici ou là, lorsqu’il n’est pas tout bonnement rejeté, raillé ou trompé.

Ceux qu’ils croisent en disent finalement plus sur eux-mêmes que sur Ben, l’être demeurant pour tous insaisissable comme une énigme. Et s’ils en disent plus sur eux-mêmes, c’est parce qu’ils révèlent au contact de Ben une parcelle de leur propre humanité.

Et qu’est-ce que l’humanité après tout ? Est-ce cette bonté, cette gentillesse que Ben trouvera au côté de Mrs Biggs ou de Rita ? Ou bien cet égoïsme avide, cette cruauté cynique que l’on trouve au porte de la civilisation où, en vertu la science et du progrès, l’on méprise la grandeur de la Vie ?

Récit de la différence, de la tolérance, Le Monde de Ben met en exil quelques certitudes réconfortantes si chères à notre société civilisée.

Finalement, Le monde de Ben n’est autre que la représentation de notre monde, dans lequel l’expression de l’amour – comme langage universel – est peut-être le seul moyen de restituer à l’autre, le différent, toute sa place et son importance.

Une vue en plongée de mon parquet…

Créé par le 06 juil 2009 | Dans : Le coin critiques, ma (petite) vie…

Vous demander, dans le sondage-cuculapralinette de la quinzaine, si vous êtes cinéphiles, sous-entend que, pour ma part, j’aime assez le cinéma. Je n’aurais jamais eu l’idée de vous demander, par exemple, si vous étiez philatélistes… quoi que, pour ma part, j’aime bien aussi les listes (:

Bref ! Voici quelques films que j’ai sélectionnés et devant lesquels, je compte bien me relégumer pendant ces vacances. Ce ne sont pas forcément mes films cultes, mais ils font partie d’une vaste liste de longs métrages qui m’ont séduite. Deux mots, si vous le voulez bien, sur chacun d’entre eux.

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J’aime bien les univers poético-fantastiques de Tim Burton et Edward aux mains d’argent, avec l’excellent Monsieur Paradis, est dans ce sens très réussi.

Elephant est un film coup de poing ! Il fait à peu près le même effet qu’un éléphant dans une boutique de porcelaine. Si mes souvenirs sont bons, je crois d’ailleurs que c’est en ces termes que Gus Van Sant, le réalisateur, présentait son film et en justifiait le titre.

1984 est beaucoup moins approfondi que le roman de George Orwell mais il vaut quand même d’être vu, notamment pour John Hurt qui est remarquable dans le rôle de Winston Smith.

Si j’avais à choisir entre L’armée des douze singes et Brazil du sublime Terry Gilliam, je choisirais sans hésiter Brazil. Malheureusement j’ai laissé le DVD à Lyon… Le Roi Pêcheur, c’est aussi du Terry Gilliam !

Dans la peau de John Malkovich, c’est très sympa. Une espèce de météorite cinématographique décalée, avec des situations complètement déjantées et loufoques. Un moment de plaisir à découvrir, si vous ne connaissez pas.

Pour ceux qui auraient du mal à se plonger dans le lourd roman épistolaire de Choderlos de Laclos, Les liaisons dangereuses ont fait l’objet de la meilleure adaptation cinématographique qui soit, avec ce film de Stephan Frears. Ils sont affreux et délicieux ce Vicomte et cette Marquise ! Mais ils ne se présentent plus et le film est devenu un classique !!!

Mort d’un commis voyageur c’est d’abord une pièce d’Arthur Miller. Je trouve le film très réussi et Dustin Hoffman est fabuleux dans cette histoire psychologique, tendre et sombre.

Sur la Route de Madison… c’est juste pour sortir les kleenex ! c’est beau, c’est triste, c’est fin, ça se mange sans faim ! Meryl Streep y est comme toujours époustouflante et Clint Easwood est un excellent réalisateur !

N.B. Evidemment que philatéliste veut dire « amoureux des listes » ! Qu’est-ce que vous croyez ? Que la prof de français est en vacances ????

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