Le métier de prof…

Créé par le 21 mai 2009 | Dans : une vie de prof

Allez je profite de m’être levée tôt, d’être en repos quelques jours, pour laisser de côté ma valise à livres (vous avez déjà quelques fameux titres …pour la plage !!) et vous parler de mon métier !

J’aime bien le mot métier concernant l’enseignement, j’aime bien ce qu’il recèle, ce qu’il suppose ; cette idée qu’enseigner c’est avant tout un savoir faire que le prof apprend au fur et à mesure des années à mettre en question, peaufiner, améliorer, explorer en long, en large et en travers.
Je ne sais pas au juste sur quoi repose ce savoir faire, ce savoir être prof ! Je sais simplement, quand j’entre dans une salle de classe, et cela depuis la toute première classe que j’ai eue il y a une dizaine d’années, que j’y suis à ma place, que c’est une évidence pour moi d’être là, et cela quels que soient les élèves que j’ai en face.

Des classes, il y en a de toutes sortes et de toutes les couleurs et il faut savoir que chacune d’entre elles produit avec le prof une alchimie particulière ! Ainsi, on peut se sentir une bonne enseignante avec l’une et absolument nullissime avec une autre ! En réalité, tout ne dépend pas que du prof : les bonnes classes font aussi les bons enseignants !
J’ai eu quelques classes, malheureusement, avec lesquelles la sauce n’a pas pris. Je me souviens notamment d’une classe de troisième extrêmement faible et particulièrement dissipée. Lorsqu’est arrivée la fin de l’année, même si je n’avais pas renoncé à ma mission – transmettre du savoir, faire progresser, préparer pour le brevet – j’ai su que je n’étais pas parvenue à extraire l’étoile filante du chaos, que le soufflet n’avait pas pris ! On quitte ce genre de classes très mécontent de soi, avec un fort sentiment d’échec. Un prof aime quand ça fonctionne, il aime mettre de bonnes notes (contrairement aux idées reçues) et il adore voir dans le regard des enfants qui lui sont confiés le sourire de la confiance et de la gratitude. Qu’est-ce qui fait que parfois ça ne marche pas ? Je ne sais pas vraiment ! Il suffit quelques fois de trois ou quatre élèves, de fortes têtes, pour saboter une classe et ficher une sale ambiance !
Heureusement, j’ai davantage de bonnes expériences que de mauvaises, parce que quand ça ne marche pas, je m’accroche, je ne renonce pas, je me pose des questions, je modifie ma façon de faire, je m’adapte, je surprends … et forcément, dans la majorité des cas, les classes sont réceptives et nous pouvons alors commencer à travailler.

De bonnes expériences oui, j’en ai eu et j’en ai encore cette année. Avec la classe dont je suis prof principale, nous montons une pièce de théâtre ! Je suis époustouflée par leur qualité de jeu, leur envie de bien faire, leur attention face aux remarques. Et je ne sais pas très bien si c’est moi qui ai su leur donner l’envie de réussir ou si ce sont eux qui, indépendamment de moi, ont un réel talent !
Avec ma classe de cinquième, nous avons eu un démarrage un peu difficile ! Je les trouvais faibles, bavards, casse pieds ! Ils trouvaient que je parlais trop vite et que je mettais trop de devoirs ! Finalement, je les trouve supers et eux, quelques uns d’entre eux, viennent se confier à moi, me faire lire leurs poèmes…

On sait que ça marche quand on entre en classe avec plaisir, quand les élèves sortent de classe en disant « au revoir », quand ils rient à nos blagues de profs, quand ils se mettent assez vite au travail, quand on sent en soi en les observant travailler qu’on a réussi à créer une ambiance de classe saine, agréable et motivante …

On sait alors qu’on n’est pas devenu prof par hasard et que ce que l’on fait, c’est un véritable métier !

Ma valise à livres… (3e partie)

Créé par le 20 mai 2009 | Dans : Le coin critiques, Pages d'écriture

J’aime beaucoup la philosophie des Lumières et j’adore inventer des petites histoires rigolotes !
Alors quand il s’agit d’expliquer les contradictions voltairiennes tout en faisant ma valise, ça donne ça…

Un jour, Voltaire est allé voir Rousseau (en fait, contrairement à la rumeur, ils ne se détestaient pas tant que ça !) avec son Candide ou l’optimisme sous le bras et il lui a dit :

« c’est quand même incroyable que je ne parvienne pas à mettre complètement en question la philosophie neu neu de ce grand niais de Leibnitz. Je sens bien que ma réponse à son optimisme à la noix est incomplète puisque, au terme de mon ouvrage, je ne propose pour seule réponse pour faire avec le Mal du monde que de travailler sans raisonner. Or tu m’accorderas, mon cher Emile, que venant d’un philosophe de mon rang, qui a toujours affirmé sa foi inébranlable dans la raison, c’est tout de même un peu paradoxal !

Voyant son ami si désapointé, Rousseau fut pris d’un soudain altruisme et demanda :

« Tu es toujours déiste, mon bon vieux Voltaire ? Tu crois toujours en Dieu, hein ?

- Pour sûr, plus que de raison !

- Et bien il est là LE problème, mon vieux. Si tu veux vraiment mettre en question Leibnitz, il faut modifier ton postulat. Tu justifieras l’existence du Mal dans le monde et ta réponse sera vraiment complète que si et seulement si tu pars du principe que Dieu n’existe pas. Alors là, le Leibnitz, il pourra aller se rhabiller. Pan dans ses dents !

- Holala ! Mais tu ne te rends pas compte de ce que tu me demandes, là ? Candide est fini, bouclé je ne reviendrai pas dessus.

- Alors mon pote, si tu ne veux pas passer pour un âne, il faut présentement aller cultiver ton jardin. Moi je vais de ce pas parcourir les forêts immenses et rédiger mes confessions… fous moi la paix avec tes histoires, et arrête d’écrire des pamphlets pour dire à tout le monde que je suis mort ! Ca devient génant à la fin…

A suivre

Ma valise à livres… (2e partie)

Créé par le 19 mai 2009 | Dans : Le coin critiques, Pages d'écriture

Je ne sais pas vous mais moi, quand j’arrive chez quelqu’un que je ne connais pas, la première des choses qui attire mon attention, c’est … sa bibliothèque. S’il n’y en a pas ou si mon hôte n’a que des livres de cuisine ou de bricolage, ça craint un peu ! Il y a alors peu de chance pour que nous devenions les meilleurs amis du monde ! Mais on ne sait jamais, comme dit Le Petit Prince.

J’aime beaucoup savoir ce que mes hôtes lisent ou ont lu, ce qu’ils peuvent me conseiller, me faire découvrir, ce qui a transformé leur vie ou leur a donné le goût définitif de la lecture. J’aime beaucoup, aussi, trouver dans leur bibliothèque des livres que je connais déjà et qui sont alors, pour moi, comme autant de terrains chez l’autre déjà connus et familiers. Mine de rien, les livres qu’ils lisent en disent beaucoup sur les gens, sur leurs goûts et leurs préoccupations et comme souvent l’on met en évidence, dans sa bibliothèque, ce que l’on veut montrer qu’on lit, les livres exposés sont un témoignage de soi vraiment très intéressant.

J’adore trouver chez mes hôtes des livres comme Lolita de Nabokov, A l’est d’Eden de Steinbeck, Crime et Chatiment de Dostoievski ou 1984 d’ Orwell parce qu’alors je sais que mon hôte se fait une certaine idée de la littérature, qu’il ne réduit pas à quelques noms « contemporains » qui font snob et qui finalement, sans doute, passeront.…

A suivre

Ma valise à livres… (1ere partie)

Créé par le 18 mai 2009 | Dans : Le coin critiques, Pages d'écriture

Si j’avais à emporter un livre sur une île déserte, un livre et un seul… et bien, j’avoue que j’aurais vraiment beaucoup de mal à choisir. Il fut un temps où j’aurais dit, sans aucune hésitation, Belle du Seigneur d’Albert Cohen parce que ce sublime roman de l’amour chimiquement pur, où se mêlent ironie tendre de l’auteur face à la bourgeoisie française des années 30, et lucidité désabusée devant la montée de l’antisémitisme ; ce magnifique pavé que j’ai lu trois fois, toujours à bout de souffle et les larmes aux yeux, ce chef-d’oeuvre d’humour, d’intelligence et d’humanité m’a permis de comprendre… Madame Bovary !

La petite provinciale que je croyais sotte et mégalomane m’est soudain apparue à la lumière de toute ma vérité. De sorte que j’aurais pu à cette époque, à l’instar de Flaubert, clamer sans réserve à qui voulait l’entendre : « Madame Bovary, c’est moi ! ». J’étais alors si éteinte, prise en proie à un quotidien amoureux tellement banal et sans histoire, que telle Emma, je me suis mise à trouver l’univers romanesque où trônait le magnifique Solal beaucoup plus séduisant que ma réalité. Je me suis mise à désirer, avec passion et impatience, vivre le grand amour, la grande vie, la merveilleuse aventure… En vain bien sûr. Alors peu à peu, mon engouement naïf m’a passée.

Bien entendu, d’autres dans l’histoire littéraire ont vécu cette même fascination romanesque, ce même voyage au coeur du plaisir de lire, ce même bovarysme (mais le terme est pour eux anachronique) ! Je pense bien sûr au plus tendre des rêveurs, au juste parmi les justes désireux à travers le monde de vérité et d’équité, de grandeur et de poésie ; l’homme à la triste figure, noble chevalier errant et serviteur de la gente dame Dulciné ; l’illustre Don quichotte de la Mancha.
Comment diable attribuer encore les caractéristiques de la modernité littéraire aux seuls auteurs du XXe siècle quand on a lu Cervantes ?
Contemporain de Sheakespare – ils sont morts la même année – Cervantes n’a rien à envier à celui qui, nous ayant transmis Othello ou Hamlet est considéré comme l’un des plus grands esprits de tous les temps…
… Voilà, pour ce soir je vous laisse, en bonne compagnie. Je poursuivrai ma valise à livres (ben oui, pour l’île déserte) demain.

A suivre

Etude de la langue et savoir être

Créé par le 17 mai 2009 | Dans : une vie de prof

Un article très intéressant sur les relations prof-élèves, que j’ai lu et commenté ce matin sur le blog de Future ex prof (je la remercie chaleureusement au passage d’avoir fait un lien spécial vers mon blog !), me donne l’idée de prolonger la réflexion ici … en abordant la question des registres de langue.
Quel rapport entre les deux ? me demanderez-vous en nombre ! Et bien, je vais de ce pas m’expliquer.

L’étude des registres de langue, qui s’inscrit parfaitement dans le cadre d’une séquence sur la communication, notamment en classe de sixième, donne la possibilité de conduire les plus jeunes collégiens à comprendre que lorsque l’on parle ou écrit, la première des règles à suivre est d’adapter son registre de langue au destinataire. Concrètement, cela veut dire que l’on ne parle pas au professeur comme à ses parents ou à ses copains. Ca, les enfants le comprennent plutôt bien… Mais si nous n’approfondissons pas un peu, il me semble que cette compréhension se fait de manière uniquement théorique et superficielle.
Ce qui est vraiment intéressant alors d’explorer avec eux c’est la notion de registre familier et de soumettre à leur réflexion les interrogations suivantes : dans quels cas peut-on utiliser un niveau de langue familier ? pourquoi ne doit-on pas l’utiliser avec ses professeurs ?

Au premier abord, la langue familière les fait rire car ils y associent tous les gros mots et autres joyeusetés du langage qu’ils connaissent. Ainsi parler familièrement au prof reviendrait, pour eux, à ne pas le respecter. Il sont loin alors d’imaginer que le registre de langue familier recèle d’autres enjeux.
En effet, quand on leur montre qu’il implique d’abord et surtout un rapport de familiarité, entre les interlocuteurs, un rapport où l’affectif domine, on les conduit du même coup à réaliser qu’il existe un moyen linguistique permettant de reconnaître que les relations avec le prof ne sont pas comme celles avec papa ou maman ou copain untel ; que dans le cadre de la classe, où l’objectif est essentiellement d’apprendre et progresser, on emploiera cet outil fort simple et tout à fait adéquat : la langue courante qui ne suppose d’autres intentions, de la part de l’émetteur, que le contenu de ce qu’il dit.

Cette séance de cours sur, finalement, les enjeux de la familiarité permet, par le détour, d’aborder le fonctionnement de la vie en classe, de donner des repères importants aux plus jeunes collégiens, et de saisir que le savoir être c’est surtout savoir s’adapter.

sensations…

Créé par le 16 mai 2009 | Dans : une vie de prof

S’il est bien une chose que les élèves doivent connaître, ce sont leurs cinq sens et le nom des sensations qui leur sont associées.
Chaque année, je mets un point d’honneur à ce qu’ils sachent les énumérer et développer un champ lexical, de plus en plus riche de la sixième à la troisième, susceptible d’exprimer avec justesse, de manière approfondie et variée, toute la richesse de leur ressenti.
Ce que nous ne savons pas nommer nous échappe, en effet, et s’il est bien une chose qui me semble essentielle, beaucoup plus fondamentale que la connaissance du nombre de vers composant l’Odyssée ou des dates de vie et de mort de Victor Hugo, c’est la connaissance de soi, du lexique capable d’exprimer ce que l’on sent en soi.
En fait j’écris ce petit texte depuis le jardin de la maison, il est près de dix sept heures, et je sens bien, à la nature en fête autour de moi, qui m’offre d’agréables et subtils parfums, je sens bien au foisonnement de chants d’oiseaux, aux bourdonnements des insectes, aux murmures du vent qui caresse mon bras, à la chatte qui se roule et se tortille aux anges et au soleil, je sens bien à la beauté luxuriante, verdoyante et tranquille qui m’entoure toute la vérité de mes sensations, toute leur richesse et leur importance…

La vague

Créé par le 15 mai 2009 | Dans : Le coin critiques

Le film La Vague de D. Gansel, qui est actuellement sur les écrans, est tiré du petit roman éponyme de Todd Strasser. Il s’agit du récit d’une expérience véritablement menée au coeur d’un établissement scolaire américain, dans les années 60.

Un professeur d’histoire aux méthodes musclées tente de faire comprendre à ses élèves dubitatifs, la montée à partir de 1933 du nazisme en Allemagne, et l’acceptation plus ou moins consciente, terrorisée ou complice de la population allemande face aux mesures dictatoriales et criminelles du IIIe reich. Pour ce faire, il met en place, au sein même de sa classe, une discipline de fer qui séduit peu à peu les élèves.

Moyennement convaincant, le livre de Strasser a au moins le mérite de rappeler qu’en tout Homme siège une passion obscure pour les chefs charismatiques et la discipline.… d’où peuvent naître ce que Brecht appelait « la bête immonde ».

Quelques jours aprés avoir lu le livre, je suis tombée sur un documentaire en deux parties de M. Prazan, diffusé sur France 2, à propos des commandos de la mort pendant la deuxième guerre mondiale en Europe de l’Est : les Einsatzgruppen.
Au delà de toute certitude, de toute supposition, de toute tentative d’explication sur la possibilité du mal, ce documentaire nous donne à  voir l’horreur absolue, inimaginable ; la noirceur sans fond de l’âme humaine, indépendamment de son amour passionné des chefs et de la discipline ! une horreur sans nom, catastrophique, incompréhensible, innommable. Une horreur qui nous prive de mots… de remèdes.

A l’issue de ce film d’archives coup-de-poing, je me suis dit que le plus gros défaut de Strasser était finalement de vouloir sonder l’insondable et donner une explication logique à ce qui demeure irrationnel et indicible. J’ai conseillé la lecture du livre à un collègue d’Histoire, attendant de savoir ce qu’il en pense.
Pour ma part je crois que toute tentative d’explication aboutit finalement à la banalisation du mal…

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